Saturday, 11 March 2017

Frôler la mort pour y trouver la vie: 3 jours en apesanteur p.2

              Le lendemain était une journée entière sur la principale île de l'archipel à l'ouest du pays: les Aran Island. Ce lieu fascinant est depuis toujours associé aux récits de marins et aux légendes et contes sur les fairies (peuple des fées et autres créatures fantastiques) omniprésents dans la culture irlandaise. L'île est très peu habitée, et les rares habitants présents sont parmi les derniers (avec quelques autres petites régions du pays) à parler le gaélique aka l'irlandais, au quotidien. De quoi poser l'ambiance. Et de fait je n'oublierai jamais l'atmosphère unique de cet endroit, clairement à part et empreinte d'une force tellurique. 
                   Dés notre arrivée au matin, on a eu le droit à un vélo tout terrain loué pour la journée, un plan de l'île chacun, et une heure et point de rendez-vous en début de soirée pour reprendre le férie. Avoir cette bicyclette 2.0 était bien pratique pour vagabonder et voir le maximum de chose. Je m'en suis donné à cœur joie, partant seul de mon côté avec mes sandwichs et ma bouteille. Quel plaisir c'était d'être libre d'aller où je l'entendais, aussi vite ou aussi lentement que voulu. Le temps était radieux, un ciel bleu si rare dans ces contrées laissant une lumière cristalline révéler et sublimer jusqu'aux moindres détails. 

               Maintenant les temps forts: le premier a été celui de me retrouver seul avec personne en vue à au moins 1km autour, dans un cimetière du Haut Moyen-Âge (une période qui me fascine) construit sur une avancée de terre sur la mer/plage. Les ruines habitées (vous voyez ce que je veux dire par là...) m'ont arrêté longtemps et les photos que j'ai prises me satisfont beaucoup, grâce au jeu qui m'a été inspiré avec les hautes herbes et les tombes; le tout rend bien l'ambiance fantastique.
Saint Enda Household, le cimetière en question 
         Le deuxième temps fort est celui du Black Fort: ce nom qui en impose provient de la couleur sombre des pierres utilisées pour la construction de ce fort celtique datant approximativement du IIe s BCE (before commun area, av. JC quoi). Il n'en reste plus grand chose à part certains murets et des tracés, mais ça m'a déjà donné des frissons. Surtout, la vue était.... Je n'ai pas de mots, vraiment j'arrive pas: fantastique? Grandiose? Truc de guedin? Bref le soleil chatoyant sur la mer à perte de vue, avec le spectacle sonore et visuel des vagues venant violemment se confronter aux falaises monstrueuses ... J'étais aux anges. Et encore une fois, j'ai préféré assisté à ce spectacle assis sur le bord, ou bien débout les pieds collés sur la limite, le vent dans le dos; du grand n'importe quoi mais j n'ai pas le vertige alors j'étais bien. 
Le cimetière vue de loin
Black Fort

Aidé de ma carte j'ai ensuite décidé d'aller voir l'autre, et plus célèbre encore, fort de l'île: le Dun Aengus (dun = fort en irlandais). J'avais du chemin pour l'atteindre, et c'est cet itinéraire qui m'a apporté le 3ème temps fort de ma journée. Pour mieux mettre le contexte, une précision géologique doit être apportée:
         Une chose est sûr, ce qui caractérise l'Irlande, c'est la roche. Ce pays est rocailleux au possible, rien ou presque n'y pousse (les patates) et le tourbe trouve difficilement sa place entre les millions de cailloux et autres roches qui constituent l'adn du sol. C'est une constante à tous les endroits que j'ai pu visiter, mais à des degrés plus ou moins forts; parfois les vertes prairies dissimulent mieux cet état de fait. Sur cet île des Aran on sentait bien le côté rêche et rocheux. Les galets et cailloux parsèment tous les chemins, au point de parfois recouvrir complètement le sol, rendant par exemple les montées en vélo impossible.
          Or, le Black Fort se situait dans une zone particulièrement dure, et la redescente = un putain de parcours de vélo de montagne où il faut jouer des freins avant/arrière et des sauts avec le vélo pour pas finir mal. Je me suis éclaté (pas au sens propre heureusement) à toute vitesse pendant de longues minutes; laissant les quelques passants vélo à la main derrière moi (oui je sais je frime, j'aime ça).
            Mais ce temps fort en vélo ne s'arrête pas là, car en chemin j'ai ensuite eu le droit à un descente surprise de bien 10 minutes sur une route en slalom, vent et soleil dans la tête, vues sur la mer et les enclos d’élevage de l'île; descente bien pentue donc bien rapide aussi. Grisant. J'ai crié mon bonheur comme un ado au parc Astérix x)  Quelques photos des vues pendant les trajets

Arrivé au Dun Aengus, je pensais déjà avoir eu ma dose d'émotions. Pourtant la suite m'en a encore mis plein la vue, et c'était comme une apothéose de cette journée: plus haut que les cliffs de la veille (faut le faire), mieux conservé que le Black Fort, ce Dun Aengus du IIe s BCE m'a totalement soufflé.           Je touchais les murs de pierres sèches érigés dans ces temps immémoriaux pour sentir le passé au plus près, je laissait aller mon imagination. Mais surtout le lieu même... On avait l'impression d'être dans une sorte de sommet dans les airs. Sur une plateforme dans la lumière céleste, hors du monde et des choses terrestres, comme dans un rêve (le soleil brillant renforçant le sentiment). Un peu l'image qu'on pourrait se faire de l'Olympe; la montagne abritant les dieux grecs pour ceux qui ne sauraient pas.
            Je n'y croyais pas. Je remerciais la vie pour m'avoir accompagné à travers toutes mes épreuves depuis ma naissance pour m'amener jusqu'à un moment de beauté tel que celui-là; tout faisait soudainement sens. On aime tellement ces parenthèses là n'est-ce pas? Encore une fois, c'est le thème du séjour, je me tenais au bord du précipice, dansant avec le vide, en attirant les regards même quand je rajoutais à la folie/bêtise de grimper sur un mince mur qui avançait sur le cliff. Notre guide, que j'avais retrouvé au fort par hasard, en a profiter pour me prendre en photo. Je me suis d'ailleurs lié d'amitié avec ce guide (nommé Anthony) pendant ces 3 jours, un ex-photographe pro irlandais, et ce après plusieurs discussions émouvantes ainsi que le partage complice de moments comme celui-ci.
   
  Il était ensuite temps de rentrer à Galway pour une deuxième nuit (celle où je t'ai appelé Apolline ;) pour de parlé de mes américaines ahah), bercés par un superbe couché de soleil. Quelques dernières photos de l'Île et du retour en bus :

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