Sunday, 12 March 2017

Frôler la mort pour y trouver la vie: 3 jours en apesanteur p.3

     Le dernier jour, je n'attendais plus à rien. Je me serais très bien contenté de tout ce que j'avais déjà vécu les deux premiers. Mais une fois de plus, les événements vont mettre la barre encore plus haute, pour décidément donner un effet crescendo à ce ''trip'' de 3 jours.
         Au programme: visite du parc national du Connemara, au Nord Ouest du pays. Mais le premier arrêt en route fut d'abord le célèbre village de Cong. Cette endroit est connu pour son abbaye du XIIe s., mais aussi pour avoir accueilli le tournage du fameux film ''l'homme tranquille'' (The Quiet Man) avec John Wayne et Maureen O'Hara, qui a contribué à cristalliser le cliché irlandais à Hollywood. Vous trouverez d'ailleurs dans mes photos la statue hommage au film qui se trouve sur la place principale du village.
         L'abbaye sinon est entourée d'une forêt épaisse et fascinante, à l'atmosphère digne de se prêter à vos plus belles rêveries arthuriennes. Mon spot préféré fut une cabane de pêche pour les moines, avancée sur la rivière, et un pont de bois à côté qui s'enfonce dans la forêt. Celui-ci m'a d'ailleurs inspiré la photo que voici :
Irlande: entre deux mondes

       La route en bus vers les autres lieux m'en a ensuite mis plein les mirettes, je n'oublierai pas ça de si tôt: des montagnes ornées de plaques de couleurs contrastées (champs et pierres variées), moutons perchés et le tout entouré de multiples lacs brillants sous le même soleil radieux de la veille. Voici quelques photos prises soit à l'arrêt soit en route (expliquant la qualité passable).
Leenaun, Regarding the Mounts

Au sein des vallées, pas beaucoup de traces de vie humaine si ce n'est les moutons à flan de colline, et quelques villages près des lacs.
Parmi ces lieux, l'abbaye de Kylemore se situe sur une terrasse surplombant un grand lac, encerclé par des Mounts... Autant vous dire que c'est un des endroits les plus beaux qui m'ai été donné de voir dans ma vie. Je vous laisse découvrir ça:
Kylemore Abbaye

           Lâchés dans le domaine pour 3h devant de libres devant nous, j'aspirais à de la hauteur, plus encore que visiter les ''jardins victoriens'' ou le musée de l'abbaye construite au XIXe s. J'avais besoin de plus de nature, de vues... Je confie ça à Anthony le guide, qui me dit qu'il existait avant un sentier pour aller voir une statue de Christ en haut de la colline derrière l'abbaye, peut-être était il encore ouvert? Ce à quoi je répondis ''Ou que l'on peut l'ouvrir nous-même dans tous les cas?''; suite au sourire malicieux d'Anthony en réaction, je me décidais à tenter l'aventure.
       Quand je trouvais l'entrée, de hautes barrières piquées, un digicode et un vieux panneau rouillé indiquant ''danger, randonnées clauses pour cause de terrain à risque et endommagé''. Fidèle à ma posture d'esprit tout au long du week end, j’escaladais le tout et me lançais tout excité sur la ''route''. Et en effet, pas de vraie route, celle-ci étant manifestement abandonnée depuis longtemps. En lieu et place, des tas de pierres trop mobiles et ruisselantes d'eau (toute la colline est parsemée de ruisseaux qui tombent depuis le sommet). Rock'n'Roll c'est le cas de la dire.
           Néanmoins au bout de 40 min environ j'arrive devant mon Christ flamboyant. Je radote je sais, mais j'ai encore du mal à trouver les mots pour décrire la sensation de satisfaction qui m'a emplie en cet instant, seul sur cette colline du Connemara avec une vue monstrueuse sur toute la vallée, à l'infini devant moi.
God Making the World

Benbaun and Pollacappul Lough
         Se trouver dans les vallées du Connemara est une sensation unique. Ces montagnes et collines peu hautes vous donnent l'impression de vous entourer par leur nombre, d'une façon à la fois rassurante et douce (leur couleur parfois verte dorée sous le soleil aidant) et tout à la fois quelque peu intimidante: une constante de l'Irlande, ce côté rude de la nature, désertique et venteux, sauvage, mais satisfaisant. C'est ce mélange d'impression bien fascinant que j'essaie de rendre en le décrivant avec ces mots simples; c'est mieux que rien. J'ajouterai que cette rudesse ''accessible'' (l'expression convient pas mal) est particulièrement bien tombée pour moi dans ces moments où j'avais besoin de m'envoler l'esprit et le corps, d'être seul et faire le point.
      J'ai médité longtemps posé en cet endroit, tout en prenant instinctivement des témoignages avec mon appareil. Quelques videos notamment (voir la video suivante)

Au dessus de moi se trouvait le troisième tiers de la montagne (appelé ''Mount'' par les locaux et non ''hill'' car justement à pente abrupte en partie supérieure). BEAUCOUP plus verticale cette partie donc, sans aucun sentier du coup ça va de soi; juste la roche/la tourbe/les plantes se dressant devant moi d'un air de dire: essai même pas petit inconscient. Mais je voulais grimper jusqu'en haut, j'étais déterminé. Ajrd encore j'explique seulement ce geste fou par un besoin d'aller au bout des choses, au bout de moi-même (phrases clichés de films désolé), de marquer symboliquement cet erasmus et ce qui m'arrivait dans ma vie alors comme je l'ai déjà dit.
(Ci-dessus une video depuis le socle du Christ, puis une prise dans une pause pendant l'escalade ''freestyle''.)
Donc j'étais parti. J'avais le pas sûr mais prudent, avançant à un rythme moyen, littéralement accroché aux roches saillantes que je vérifiais avant d'utiliser, et aux plantes bien enracinées dans la roche qui dépassaient. Et heureusement qu'elles étaient là, car la montagne était vraiment ruisselante (décidément tout est humide dans ce pays!), rendant l'escalade encore plus dangereuse. C'était de la folie furieuse, j'aurais pu mourir à chaque instant, car derrière moi c'était une pente vertigineuse et le vide, la dégringolade ni plus ni moins. Seuls mes petits doigts et mes rangers me retenaient. Je sentais que la vie me laissait cette chance là, et qu'il ne faudrait pas que j'en abuse souvent; que la vie m'accompagnait dans ma drôle de quête pour cette fois-ci. Serein, j'écoutais même ma musique classique dans les oreilles : Chopin et Mélodie Hongroise de Schubert surtout (plus jamais je n'entendrais ce titre sans penser à ce moment^^).
           J'avais tout les 5 mètres des creux/surplombs pour me reposer heureusement (là où j'ai fait ma deuxième video par exemple).
Je parvins finalement à une plateforme d'herbe plus horizontale vers le sommet. Celle où j'ai encore une fois rêver devant la vue, faisant le point sur ma vie. J'ai posé l’appareil sur un rocher et joué avec l'orientation pour avoir ce portrait sur un rocher qui faisait face au vide de façon précaire, pour pousser la morbidité/ le challenge à son comble :

J'ai à ce moment précis juré que si je revenais sans encombres de mon escalade, je promettais de ne plus jamais douter de la vie et de ce qui m'arriverait, de faire confiance dans les moments d'épreuves encore plus qu'avant. D'être heureux.
      Je suis suis redescendu sans problèmes, très calme et le sourire aux lèvres. La petite randonnée sur la Diamond Hill avec le groupe pour finir le tour m'a paru bien posée à côté, mais toujours pas désagréable, voici les photos ci-dessous.
Ainsi, après me l'être bien pété avec mes défis à la con,, je finirai cet article en vous confirmant que oui je suis bel et bien vivant, et même plus que jamais! Des bisous

Saturday, 11 March 2017

Frôler la mort pour y trouver la vie: 3 jours en apesanteur p.2

              Le lendemain était une journée entière sur la principale île de l'archipel à l'ouest du pays: les Aran Island. Ce lieu fascinant est depuis toujours associé aux récits de marins et aux légendes et contes sur les fairies (peuple des fées et autres créatures fantastiques) omniprésents dans la culture irlandaise. L'île est très peu habitée, et les rares habitants présents sont parmi les derniers (avec quelques autres petites régions du pays) à parler le gaélique aka l'irlandais, au quotidien. De quoi poser l'ambiance. Et de fait je n'oublierai jamais l'atmosphère unique de cet endroit, clairement à part et empreinte d'une force tellurique. 
                   Dés notre arrivée au matin, on a eu le droit à un vélo tout terrain loué pour la journée, un plan de l'île chacun, et une heure et point de rendez-vous en début de soirée pour reprendre le férie. Avoir cette bicyclette 2.0 était bien pratique pour vagabonder et voir le maximum de chose. Je m'en suis donné à cœur joie, partant seul de mon côté avec mes sandwichs et ma bouteille. Quel plaisir c'était d'être libre d'aller où je l'entendais, aussi vite ou aussi lentement que voulu. Le temps était radieux, un ciel bleu si rare dans ces contrées laissant une lumière cristalline révéler et sublimer jusqu'aux moindres détails. 

               Maintenant les temps forts: le premier a été celui de me retrouver seul avec personne en vue à au moins 1km autour, dans un cimetière du Haut Moyen-Âge (une période qui me fascine) construit sur une avancée de terre sur la mer/plage. Les ruines habitées (vous voyez ce que je veux dire par là...) m'ont arrêté longtemps et les photos que j'ai prises me satisfont beaucoup, grâce au jeu qui m'a été inspiré avec les hautes herbes et les tombes; le tout rend bien l'ambiance fantastique.
Saint Enda Household, le cimetière en question 
         Le deuxième temps fort est celui du Black Fort: ce nom qui en impose provient de la couleur sombre des pierres utilisées pour la construction de ce fort celtique datant approximativement du IIe s BCE (before commun area, av. JC quoi). Il n'en reste plus grand chose à part certains murets et des tracés, mais ça m'a déjà donné des frissons. Surtout, la vue était.... Je n'ai pas de mots, vraiment j'arrive pas: fantastique? Grandiose? Truc de guedin? Bref le soleil chatoyant sur la mer à perte de vue, avec le spectacle sonore et visuel des vagues venant violemment se confronter aux falaises monstrueuses ... J'étais aux anges. Et encore une fois, j'ai préféré assisté à ce spectacle assis sur le bord, ou bien débout les pieds collés sur la limite, le vent dans le dos; du grand n'importe quoi mais j n'ai pas le vertige alors j'étais bien. 
Le cimetière vue de loin
Black Fort

Aidé de ma carte j'ai ensuite décidé d'aller voir l'autre, et plus célèbre encore, fort de l'île: le Dun Aengus (dun = fort en irlandais). J'avais du chemin pour l'atteindre, et c'est cet itinéraire qui m'a apporté le 3ème temps fort de ma journée. Pour mieux mettre le contexte, une précision géologique doit être apportée:
         Une chose est sûr, ce qui caractérise l'Irlande, c'est la roche. Ce pays est rocailleux au possible, rien ou presque n'y pousse (les patates) et le tourbe trouve difficilement sa place entre les millions de cailloux et autres roches qui constituent l'adn du sol. C'est une constante à tous les endroits que j'ai pu visiter, mais à des degrés plus ou moins forts; parfois les vertes prairies dissimulent mieux cet état de fait. Sur cet île des Aran on sentait bien le côté rêche et rocheux. Les galets et cailloux parsèment tous les chemins, au point de parfois recouvrir complètement le sol, rendant par exemple les montées en vélo impossible.
          Or, le Black Fort se situait dans une zone particulièrement dure, et la redescente = un putain de parcours de vélo de montagne où il faut jouer des freins avant/arrière et des sauts avec le vélo pour pas finir mal. Je me suis éclaté (pas au sens propre heureusement) à toute vitesse pendant de longues minutes; laissant les quelques passants vélo à la main derrière moi (oui je sais je frime, j'aime ça).
            Mais ce temps fort en vélo ne s'arrête pas là, car en chemin j'ai ensuite eu le droit à un descente surprise de bien 10 minutes sur une route en slalom, vent et soleil dans la tête, vues sur la mer et les enclos d’élevage de l'île; descente bien pentue donc bien rapide aussi. Grisant. J'ai crié mon bonheur comme un ado au parc Astérix x)  Quelques photos des vues pendant les trajets

Arrivé au Dun Aengus, je pensais déjà avoir eu ma dose d'émotions. Pourtant la suite m'en a encore mis plein la vue, et c'était comme une apothéose de cette journée: plus haut que les cliffs de la veille (faut le faire), mieux conservé que le Black Fort, ce Dun Aengus du IIe s BCE m'a totalement soufflé.           Je touchais les murs de pierres sèches érigés dans ces temps immémoriaux pour sentir le passé au plus près, je laissait aller mon imagination. Mais surtout le lieu même... On avait l'impression d'être dans une sorte de sommet dans les airs. Sur une plateforme dans la lumière céleste, hors du monde et des choses terrestres, comme dans un rêve (le soleil brillant renforçant le sentiment). Un peu l'image qu'on pourrait se faire de l'Olympe; la montagne abritant les dieux grecs pour ceux qui ne sauraient pas.
            Je n'y croyais pas. Je remerciais la vie pour m'avoir accompagné à travers toutes mes épreuves depuis ma naissance pour m'amener jusqu'à un moment de beauté tel que celui-là; tout faisait soudainement sens. On aime tellement ces parenthèses là n'est-ce pas? Encore une fois, c'est le thème du séjour, je me tenais au bord du précipice, dansant avec le vide, en attirant les regards même quand je rajoutais à la folie/bêtise de grimper sur un mince mur qui avançait sur le cliff. Notre guide, que j'avais retrouvé au fort par hasard, en a profiter pour me prendre en photo. Je me suis d'ailleurs lié d'amitié avec ce guide (nommé Anthony) pendant ces 3 jours, un ex-photographe pro irlandais, et ce après plusieurs discussions émouvantes ainsi que le partage complice de moments comme celui-ci.
   
  Il était ensuite temps de rentrer à Galway pour une deuxième nuit (celle où je t'ai appelé Apolline ;) pour de parlé de mes américaines ahah), bercés par un superbe couché de soleil. Quelques dernières photos de l'Île et du retour en bus :